Qu’en est-il de la loi sur le droit à mourir ? De multiples garde-fous viennent prévenir toute dérive, car le corps médical reste au centre de la question. Les bonnes gens craignent qu’on en profite pour liquider les petits vieux, mourant lentement dans les Epads ou isolés dans leur passoire thermique ? En réalité, ces risques de décès sont quotidiennement bien réels, et dépendent non d’une législation mais des conditions de vie – ou de survie- qui leur sont faites.

Il faudrait pourtant songer au cas de celles et ceux que cette loi concerne au premier chef : les malades en fin de vie, qui souffrent physiquement et ou moralement, et dont il s’agit essentiellement de les aider à mettre fin à une vie insupportable, sans pour autant recourir – si elles et eux en ont encore la possibilité – à des moyens violents qui traumatisent l’entourage. Sans oublier les prisonniers de leur corps qui ne répond plus. Et ce n’est pas parce qu’un droit individuel existe qu’il pourrait s’imposer à d’autres.

De quoi s’agit-il, finalement ? Du droit de l’individu à disposer de lui-même. Mais cela, ni l’Etat, ni les religions, ni les esprits communautaires ne le veulent.

En fait, les individus, de tout âge, de toutes conditions, sont toujours considérés comme incapables de juger par eux même de ce qui les concerne, de leurs droits, de ce qu’ils estiment être ou non une vie digne d’être vécue. La dignité est une notion strictement personnelle. N’importe qui, à l’écoute de sa famille, de ses amis, de son entourage, entendra à ce sujet des versions différentes, liées à l’expérience, à la sensibilité, aux convictions philosophiques. Et je ne vois pas en quoi en établir une notion commune relèverait du bien social.

Le combat n’est pas encore gagné. Le serait-il apparemment, ne pas oublier qu’une loi se fait et se défait. Ce n’est qu’avec un changement profond dans les mentalités, dans l’organisation de la société, que ces questions essentielles pourront s’intégrer dans le tissu social.

Et ne l’oublions pas : ces réticences devant des libertés qui ne concernent que l’individu – concevoir ou non des enfants, obéir à l’armée ou refuser la mort de soi et/ou de l’autre, mourir si cela devient l’ultime désir, tout cela reculera allégrement en cas de conflit guerrier. Dès aujourd’hui, la fabrication d’armements augmente, le budget de la Défense aussi. Dans ce monde de plus en plus violent, l’avenir de la paix est de moins en moins plausible, et l’emploi de la chair à canon de plus vraisemblable.

Je citerai pour finir cet extrait d’un communiqué de presse de la Convention citoyenne sur la fin de vie :

« Et non, les personnes malades ne sont pas des « objets de soin » vulnérables qu’il faudrait protéger, y compris contre elles-mêmes : ce sont des sujets de droit, capables d’exprimer une volonté éclairée et de dire ce qu’ils peuvent ou non encore supporter. La fin de vie n’est pas un concept abstrait pour elles, mais une question qui s’inscrit dans un vécu avec la maladie et un parcours de prise en charge, le leur. Leur parole n’est pas émotionnelle par nature : elle est un savoir issu de l’expérience vécue où la vraie vulnérabilité, c’est surtout de ne pas être écouté. L’argument de la vulnérabilité dans ce débat, c’est encore l’expression d’un paternalisme médical latent. »

Léonore