Passons sur l’engouement manifesté par de très nombreux fidèles, y compris certains qui se découvrent catholiques pour l’occasion. Comme pour le foot, comme pour les concerts de Céline Dion, il faut y avoir été, c’est un évènement. Manière d’enrichir, au moins un temps, un quotidien morne et difficile.
L’inquiétant est de voir, comme si souvent dans les moments de crise, la religion devenir le moyen de rêver, après la faillite des partis politiques, y compris et surtout de la gauche qui a trahi l’espoir en une possible société plus juste. Le libéralisme dicté par le capital écrase les plus modestes, de plus en plus nombreux, le dérèglement climatique va altérer nos modes de vie et même nos vies tout court, la nature brûle ou se noie, les impôts vont s’alourdir, le coût de la vie augmente notamment l’énergie, la dette va nous écraser – presque tous, car les ultra riches font leurs profits, plus que jamais.
La dette, justement. Est-il raisonnable, sur un plan strictement comptable, de consacrer 27 millions à la sécurité d’un chef religieux et de ses fidèles ? C’est pure hypocrisie que de soutenir que cette dépense se justifie par le maintien de l’ordre. Certes, bien des dépenses publiques de cet ordre visent à contenir les débordements liés aux abords des stades. Mais puisqu’il faut à tout prix réduire la dette publique, ces 27 millions d’euros vont l’alourdir, au détriment de l’enseignement, de la santé, de la lutte contre le réchauffement climatique, des reconstructions après incendies et inondations…
Il y a malheureusement peu de voix pour dénoncer cette atteinte grave à la laïcité. Oui, le catholicisme est devenu religion d’État, et la République le finance clairement.
Léonore